Conseils Reiki et méditation




Je danse sur un fil,

un si frêle asile.

Une ligne fragile

qui s’élance dans l’espace, gracile.

J-P Chupin 

Reiki, le dépassement du soi


Avant de parler de Reiki je vais faire un petit détour. Dans le bel entretien que livre Jean-Luc Giribone à Nicolas d’Inca (1) à propos principalement du « soi » vu par Lacan et par Chögyam Trungpa, il parle de l’énergie que nous consacrons à la construction de notre égo. Le plus fort, dit-il, c’est que cet égo est aliénant car nous savons bien que ce n’est pas vraiment nous. Exemple : je ne suis pas seulement mon statut professionnel, je ne veux pas être aimé pour ma beauté, mon argent… Je suis autre chose que cela (oui, mais quoi ?). Voilà grossièrement résumé une partie de ce que développe Jean-Luc Giribone. Là où je veux en venir, c’est qu’il pointe les « sages », pourfendeur de l’égo, et qui ne font rien d’autre, bien sûr, que le faire au nom de leur propre égo, y compris dit-il « dans la critique du moi ».

Nous connaissons tous de telles personnes qui, brandissant leur expérience de la méditation, du Yoga, de la recherche philosophique, passent leur temps à édifier leur propre statut. Et les maîtres Reiki, alors ? Eh bien oui, il n’y a pas de raison qu’ils échappent à la règle commune. Et je dois bien avouer que je me surprends, dans mon discours, sur ce blog même (oui, oui), et même en soin (!) à travailler à l’édification d’une image de moi que je veux montrer aux autres, et à laquelle j’aimerais bien croire moi-même.

Dans le soin Reiki, cela se sent à l’instant même où on se rend compte qu’on est en train de « poser » au lieu d’être en accompagnement de la personne. Ce sont des moments où on se satisfait de ses ressentis, sans se préoccuper de ce qui se passe chez l’autre, la personne pour qui on est censé travailler. Quand le guérisseur ne cherche plus à communiquer avec son patient à égalité mais « travaille » sur lui, sur sa pathologie, il fait de son patient l’objet de son désir de puissance. Comme l’écrit Chalverat : « Il devient un homme puissant, non à cause de sa force, mais au moyen d’une dérobade psychologique, tandis que le patient s’installe dans une confortable soumission. »(2) Chalverat poursuit : « L’aidant croit que c’est lui qui guérit, il se sent comme le facteur guérisseur et oublie que sa fonction consiste essentiellement à permettre au facteur guérisseur de s’éveiller ou de se maintenir. »(2)

L’observation est impitoyable. Il n’y a rien d’autre à faire, pour ce qui me concerne, que de reprendre les fondamentaux du Reiki (symboles, positions des mains, etc), que de revenir à la méditation et au travail (à ses « austérités » selon l’expression qu’on rencontre fréquemment dans le Mahabharata). Affuter sans cesse le regard critique porté sur le reflet dans son miroir, mais développer je crois aussi, en parallèle, le travail sur ses propres blessures, l’amour de son être global, partir à la recherche en fait de ce que l’on est. Mais par ces dernières lignes, l’enfer étant pavé de bonnes intentions, ne suis-je pas en train de faire ce que je prétends ne pas vouloir faire. Mieux vaut que je m’arrête.

(1) pour voir l’interview: http://www.philosophies.tv/spip.php?article255 (à lire également sur le site http://psychologie-meditation.blogspot.com/2010/12/le-zen-de-lacan-et-le-tantra-de-trungpa.html)

(2) Chalverat, Charles, Le mythe du guérisseur blessé dans les médecines populaires comme fondement archétypique de la relation d’aide. Texte paru dans La Vouivre , cahiers de psychologie analytique, 1999, Vol. 9. Rédaction : François Badoud, place Pury 7, 2000 Neuchâtel, Suisse. Téléphone : +41 32 724 35 96 e-mail : la.vouivre@bluewin.ch http://www.edudoc.ch/static/infopartner/periodika_fs/2000/EP_Education_permanente/Ausgabe_03_2000/ep0322.pdf

La citation et la recherche bibliographique ci-dessus sont empruntées au remarquable article de Pierre Tricot, ostéopathe tissulaire, que vous pouvez trouver en suivant le lienhttp://www.approche