Conseils Reiki et méditation




Goutte de miel

Dans l'infini.

Suspendue dans son ambre,

Glisse, glisse...

Une vague de conscience.

Jean-Pierre Chupin 

Conseil pour un maître : le Reiki et la maîtrise de soi


J'ai souvent évoqué le rapport que je mets en place : avec mes élèves comme enseignant, mes patients comme praticien. Mon propos dans ce billet est de parler de ce que je ressens comme une limite, qui est la dimension éphémère de ma relation aux autres dans le Reiki, alors même que je vis cette relation avec une très forte intensité. 

C'est tout à fait personnel. Dans mon esprit, la valeur, l'importance d'une relation ont à voir à la fois avec son intensité mais aussi avec sa capacité à s'installer dans la durée. Or, j'expérimente avec mon activité Reiki des relations d'une grande richesse (j'allais écrire profondeur mais je n'aime pas bien ce terme) mais qui se nouent et se dénouent dans une durée très courte. Cette relation ne vaut pas bien sûr pour tous les patients. C'est un point que j'évoque ci-dessous.

La relation thérapeutique professionnalisée doit être inscrite dans un cadre et dans une durée limitée. Je sais cela. Et je sais cela parce que mon superviseur le sait (et me l'a dit) !

Dès l'instant où j'aborde la relation avec l'autre dans un contexte professionnel, d'accompagnement d'une personne en souffrance, tant physique que psychique, je me dois d'avoir un cadre clair dans ma tête. Il implique notamment une position de neutralité, d'observation, d'empathie, mais pas d'identification, comme le disait Carl Rogers. Ce cadre est une sécurité pour le patient... et pour moi aussi, puisqu'il permet de garder toujours de la distance vis à vis de son patient. Mais il faut bien dire qu'il est plus facile de respecter et faire respecter ce cadre quand on dispose d'un bouclier (un savoir technique, une blouse blanche, un casque de pompier...). Dans une pratique à mains nus et quasiment sans technique comme le Reiki, c'est une affaire peut-être plus difficile encore. D'autant que le praticien Reiki ne peut pas prendre la distance, physique et symbolique, d'un psy retranché dans son fauteuil et derrière de longs silences.

La pratique du Reiki engage le praticien à différents niveaux : par sa posture d'écoute; de mise en relation avec la personne; d'intention (projetée qui plus est par le média du corps qui transfère le Reiki). Cet échange qu'est le Reiki tend à réduire la séparation entre les deux êtres, les deux consciences que sont le patient et le praticien. La fin du soin entraîne naturellement une séparation, chacun retrouvant son « soi », son autonomie. L'expérience ainsi vécue pendant le soin est particulièrement riche, parfois pertubante, souvent très agréable. Le retour sur soi peut en conséquence être vécu comme un appauvrissement.

Le patient, dans un soin Reiki, se révèle tout entier, sans oublier évidemment ses affects. Le praticien, qui est le point d'équilibre de la relation, doit savoir gérer l'expression de la souffrance de la personne. Il n'empêche que le praticien Reiki est aussi une personne qui a ses problèmes. Tous les ingrédients sont donc là pour que ce mette en place des situations de partage intenses, que l'on peut rapprocher de la relation de transfert qui est surtout utilisée en psychanalyse.

La psychanalyse a de ce fait produit des réflexions très utiles sur la notion de transfert - contre-transfert. Mais alors que le transfert, c'est à dire la projection psychique que fait l'analysé sur son analyste de ses modes relationnels passés et présents, est un élément essentiel de la cure, cette notion n'est pas vraiment nécessaire à une thérapie comme le Reiki. Un peu comme dans l'hypnothérapie (et je reprends ici les réflexions de François Roustang), ce que le patient attend d'une séance de Reiki, c'est que ça change, et aussi vite que possible. Il n'est donc pas nécessaire (ce serait même contre-productif) de s'installer dans la durée, avec ce que cela comporterait comme investissement au niveau des affects et de la dépendance du patient.

Mais si ces situations transférentielles ne sont pas nécessaires au soin, qu'en faire ? Car qu'on le veuille ou non, elles sont là. On peut dire qu'elles sont partout, dans toute relation humaine, mais dans le cadre d'un soin Reiki, on est dans un cabinet de soin, avec une relation professionnelle.

Ce que j'écris n'est pas bien original. Un superviseur est fait pour aider à trouver des solutions. L'auto-traitement Reiki aussi, car il permet au praticien de se relier à ses propres blessures. En en étant conscient, on peut mieux faire la part des choses et conserver une position de distance sur ce qui se joue dans la relation. Le travail de méditation est aussi une pratique nécessaire. C'est la méditation qui m'aide le plus, je crois. Car quand on médite, on aborde un autre rapport au temps (dont j'ai amplement parlé sur ce blog). L'ici et maintenant est certainement la réponse à ce sentiment de perte que l'on ressent à la séparation après un travail en Reiki. Il permet (quand ça marche !) de vivre le moment sans le situer dans un continuum « passé - présent - futur ». Je mets en place un protocole personnel, qui consiste à prendre quelques minutes après chaque soin, pour méditer, entrer dans un état de non pensée. Ce sas de décompression, de retour sur soi, non pas l'égo, mais plutôt une reconnexion de soi dans plus large que moi m'est une aide pour tenter d'être maître de moi, d'être « ancré » pourrais-je dire aussi. Reste quand même, je dois bien l'avouer, une douce nostalgie de ces rencontres trop vite interrompues.